La voix enseignante dans l’éducation rurale :
l’accommodation de la parole et l’alphabétisation comme médiations de la
qualité éducative[1]
La voz docente en la educación rural: acomodación del
habla y alfabetización como mediaciones de calidad educativa
|
Alba Lucía Barajas-Lizcano[*] https://orcid.org/0000-0001-6711-3649 Institución Aguada de Ceferino,
municipalité de Girón, département de Santander, Colombie. |
Adrián Filiberto Contreras-Colmenares[†]
https://orcid.org/0000-0001-6711-3649 Professeur émérite de la Universidad de Los
Andes-Táchira / Venezuela. |
Résumé
L'éducation en milieu rural
en Colombie est marquée par d'importantes inégalités par rapport à l'éducation
urbaine. Des réussites équitables, dépassant les contraintes contextuelles,
sont nécessaires. Le discours de l'enseignant dans l'enseignement de la lecture
et de l'écriture est un facteur déterminant. L'objectif de cette étude était
d'examiner comment les enseignants ruraux interprètent et adaptent les normes
de qualité du ministère de l'Éducation nationale grâce à des stratégies de
communication adaptées au contexte sociolinguistique. Sur le plan
méthodologique, une recherche documentaire et de terrain a été menée selon la
méthode ethnographique, auprès de sept (7) informateurs clés. Les résultats
permettent d'affirmer que la capacité de l'enseignant à adapter le langage et
les méthodologies à la réalité culturelle est essentielle à un apprentissage
significatif. Il apparaît que le discours de l'enseignant rural, par
l'intégration et l'adaptation de la parole, constitue la stratégie fondamentale
pour l'internalisation et l'application des normes de qualité dans les
pratiques pédagogiques, les transformant en expériences pertinentes et
enrichissantes.
Mots-clés : éducation rurale, alphabétisation,
médiation, sociolinguistique, qualité de l'éducation.
Resumen
La
educación rural en Colombia está matizada por brechas desiguales significativas
respecto a la urbana. Se exigen logros equitativos que trasciendan limitaciones
contextuales. Un elemento determinante es el discurso docente en la enseñanza de la
lectura
y la escritura. El objetivo fue examinar cómo los docentes rurales interpretan
y adaptan los referentes de calidad del Ministerio de Educación Nacional
mediante estrategias comunicativas ajustadas al entorno sociolingüístico.
Metodológicamente, se empleó una investigación documental y de campo bajo el
método etnográfico, con siete (07) informantes clave. Los hallazgos permiten
aseverar que, la capacidad del docente para adaptar el lenguaje y las
metodologías a la realidad cultural, es vital para el aprendizaje
significativo. Se concluye que el discurso del docente rural, al integrar y
acomodar el habla, constituye la estrategia fundamental para que los referentes
de calidad sean internalizados y aplicados, durante las prácticas pedagógicas y
las transforma en pertinentes y enriquecedoras.
Palabras
Clave: educación rural, alfabetización, mediación,
sociolingüística, calidad educativa.
Introduction
Le présent discours écrit
vise à examiner comment les enseignants ruraux interprètent, adaptent et
mettent en œuvre les référentiels de qualité du Ministère de l'Éducation
nationale (MEN, 2006 -Ministerio de
Educación Nacional de Colombia) dans leurs processus d’alphabétisation, par le
biais de stratégies communicatives ajustées au contexte sociolinguistique,
selon une perspective critique appuyée sur la théorie de l’accommodation de la
parole et l’approche socioculturelle. Plus précisément en ce qui concerne la
lecture et l’écriture telles qu’utilisées par les maîtres qui travaillent dans
les espaces ruraux. Comme on a pu le constater, la littérature a décrit
l’existence d’un fossé dans la qualité éducative en relation avec l’action
enseignante qui se déroule en milieu urbain. Par conséquent, il est essentiel
de comprendre les difficultés auxquelles font face les enseignants qui exercent
leur activité pédagogique en milieu rural. De même, il faut comprendre comment
ils interprètent et adaptent, dans leur pratique pédagogique, les référentiels
de qualité éducative proposés par le MEN (2006),
et parmi ceux-ci, spécifiquement ceux qui se rapportent aux standards de base
des compétences langagières.
Il est nécessaire de prendre
en considération que la formation de base que les enseignants ont reçue à
l’université a souvent une incidence sur la manière d’aborder la pratique
pédagogique en ce qui concerne l’enseignement de la lecture et de l’écriture.
Il faut dire qu’il existe des différences notables lorsque ce sont des
éducateurs ayant une formation pédagogique comme instituteurs de l’enseignement
primaire, par rapport à ceux qui sont intégrés à l’exercice de l’enseignement
mais qui ont des professions non enseignantes. De là apparaissent des
différences notoires selon la formation préalable et spécifique reçue par ceux
qui exercent le métier d’enseignant.
Ainsi, il est nécessaire
d’avoir clarté quant aux connaissances que possèdent les enseignants ruraux sur
les référentiels de qualité dans l’enseignement de la lecture et de l’écriture.
Dans leur tâche, l’enseignant rural manifeste les traces de sa formation
professionnelle, ainsi que ses propres conceptions sur le processus
d’enseignement. Cependant, des contradictions apparaissent entre ces savoirs
théoriques et les croyances personnelles qui guident son enseignement. Cette
situation s’aggrave du fait que certains enseignants du secteur rural sont
affectés dans des institutions à classes multigrades sans connaître les
exigences des référentiels de qualité, car les universités n’incluent pas ces
thèmes dans leurs programmes de formation.
Sous cet angle, on a donc
abordé l’intention d’examiner comment les référentiels de qualité du MEN (2006) s’intègrent tant dans le discours que
dans la pratique pédagogique des maîtres travaillant en zones rurales. Dans ce
contexte, l’enseignant du secteur rural doit repenser, reconstruire et adapter
une didactique pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture dans un
contexte marqué par le développement de sa pratique pédagogique dans des écoles
multigrades. Du point de vue des besoins éducatifs, Núñez
(2010) propose un changement incluant une politique éducative. Cela
implique de réfléchir à la manière de renforcer l’éducation rurale avec des
programmes qui intègrent la culture, les savoirs et les intérêts des
apprenants. On souligne également la nécessité d’un renforcement de la pratique
pédagogique en favorisant une communication ouverte aux besoins de l’élève.
Dans cette perspective, il
faut comprendre que l’éducation en milieu rural représente aujourd’hui un défi,
mais aussi une opportunité pour atteindre l’équité sociale, à partir de
l’enseignement de la lecture et de l’écriture comme compétences fondamentales
pour le développement cognitif et la capacité de communication. Il est
nécessaire de comprendre que, dans les contextes ruraux, la diversité des âges
et des niveaux d’apprentissage dans les classes multigrades rend prioritaire
l’incorporation de stratégies pédagogiques flexibles et fondées sur les
principes mêmes qu’exige la qualité éducative.
Cela dit, dans la présente
dissertation discursive issue de la recherche menée, il est important
d’indiquer que l’enseignement de la lecture et de l’écriture en milieu rural se
fonde sur les principes de justice éducative et du droit à la formation intégrale,
comme le proposent Freire (1977) et Vygotsky (1978), qui soulignent l’importance du
contexte socioculturel dans les processus d’alphabétisation. L’enseignement de
la lecture et de l’écriture dans ces espaces requiert des méthodologies qui non
seulement transmettent des connaissances, mais renforcent la pensée critique et
la construction autonome de l’apprentissage, en considérant l’interconnexion
entre langage, identité et communauté.
Du point de vue
méthodologique, l’acte d’écriture se justifie car il est élaboré sur la base
d’une recherche développée selon l’approche qualitative. En cohérence avec
cela, l’ethnographie a été établie comme voie d’approche de l’objet de
recherche. Par ailleurs, étant donné que le discours enseignant, dans ses
propres particularités discursives, a été pris comme partie de l’enquête, la
narrativisation a été utilisée comme élément du processus analytique (Biglia et
Boent-Martí, 2009, cités dans Silva Batatina, 2017).
Pour ce qui est de l’information, les informateurs étaient sept (07)
enseignants, répartis en deux groupes. Le premier groupe était composé de
quatre (04) enseignants ayant reçu une formation offerte par le MEN (2013), dans le cadre du programme « Becas
para la excelencia docente ». Le deuxième groupe, quant à lui, était
constitué de trois (03) enseignants ayant une formation différenciée. Ils ont
été sélectionnés de manière intentionnelle, selon des critères spécifiques.
Dans ce discours, on a
approfondi les référentiels de qualité, l’éducation rurale et le discours de
l’enseignant. Les référentiels de qualité car ils établissent les axes
directeurs tant épistémologiques que pédagogiques liés à l’éducation rurale.
Celle-ci a l’importance d’aborder la manière dont elle s’articule avec la
structure sociale et économique, puisqu’il est nécessaire d’analyser les
mécanismes pertinents en lien avec les besoins des enseignants qui travaillent
dans la ruralité. En ce qui concerne le discours enseignant, il renvoie au
processus communicationnel que l’enseignant inclut comme partie de
l’interaction avec ses élèves. Ainsi, le discours renvoie à la manière dont le
verbal, la proxémie et le langage non verbal sont orientés pour médier les
processus d’enseignement et d’apprentissage.
Les référentiels de qualité du Ministerio de Educación Nacional
(MEN)
Dans
les premières années de scolarité, le MEN (1994) propose
des orientations épistémologiques et pédagogiques pour le secteur rural. Dans
ce contexte, l’enseignant doit se familiariser avec les textes inclus dans le
curriculum et les maîtriser, afin de satisfaire aux référentiels académiques
qui visent un progrès dans l’apprentissage des élèves, dans le but d’améliorer
l’apprentissage des apprenants.
En
ce sens, il est fondamental de connaître les politiques éducatives spécifiques
qui concernent les caractéristiques du secteur rural. En effet, la Loi générale
sur l'éducation de 1994 (Ley General de Educación de 1994), dans son Article 64, promeut le développement de l’éducation paysanne. À
cet effet : « Le Gobierno Nacional et les entités territoriales favoriseront un
service d’éducation paysanne et rurale, formelle, non formelle et informelle,
conformément aux plans de développement respectifs ». De sorte qu’il est
nécessaire de reconnaître l’importance d’apporter une attention aux communautés
dispersées, qui est une caractéristique fréquente du secteur rural. Cela doit
se faire par l’éducation. En même temps, pour l’éducation rurale, on favorise
des mécanismes permettant d’accéder à une éducation avec un traitement spécial Legislação
Mexicana (Legislación Mexicana, 2022). Néanmoins, bien que
l’État favorise la formation des éducateurs ruraux, une dette persiste quant à
l’offre d’une éducation globale et dotée d’outils technologiques spécifiques à
chaque population.
Dans
ce contexte, pour progresser dans la prise en charge de l’éducation rurale,
dans les lignes directrices curriculaires de la Langue Castillane, le MEN (1998) présente les référentiels de qualité, lesquels sont liés à l’esprit et
au but contenu dans la Loi générale sur l'éducation de 1994 (Ley General de Educación de
1994). Ces lignes directrices offrent une
orientation curriculaire et pédagogique, fondée sur les approches de divers
théoriciens qui guident le travail de l’éducateur. Le document est structuré en
cinq chapitres, qui sont succinctement spécifiés ci-dessous :
Dans
le premier chapitre, on réfléchit sur l’importance de l’interaction constante
avec les textes pour que le sujet s’approprie l’information. Dans ce processus
de médiation, l’enseignant trouve des stratégies qui facilitent la
compréhension du discours.
Dans
le deuxième chapitre, l’organisation du curriculum est développée, car il
propose un enseignement guidé par projets. Au troisième chapitre, il
approfondit le concept de langage, à l’aide de théories spécifiques. Cette
structure propose le développement de compétences communicationnelles dans la
conceptualisation (lire, écrire, parler et écouter).
Le
chapitre 4 : « Los lineamientos curriculares de Lengua Castellana » se
concentrent sur l’enseignement de la lecture et de l’écriture ; elles
s’approchent de la construction des processus du code alphabétique. Selon le MEN (1998), on propose le développement de systèmes significatifs qui favorisent
la pensée de la manière dont l’enfant comprend et écrit sur son environnement
avec sa propre graphie. À partir de sa production écrite, l’enfant, avec sa
propre production, se rapproche de la graphie conventionnelle, en l’identifiant
dans tous les textes. Avec le temps, cette graphie devient partie de son savoir
et il l’intériorise. Le maître connaît comment se développent les graphies,
crée des plans, des méthodologies et des stratégies fondées sur les propositions
de Ferreiro, Teberosky, Rincón et Villegas (tels qu’ils ont été cités dans le MEN, 1998). Tandis que, dans l’axe cinq, on fait des considérations sur le
développement de la pensée. Cette approche se fonde sur la proposition de
Vygotsky pour renforcer l’apprentissage par des expériences actives.
L’enseignement
de la lecture et de l’écriture est envisagé dans les Lineamientos
curriculares de Lengua Castellana du MEN (1998). En
principe, on attend et on aspire à ce que les enseignants connaissent ces
lignes directrices au moment de réaliser les planifications et d’adapter les
stratégies en congruence avec les postulats établis pour orienter la lecture et
l’écriture. Cependant, dans la pratique, on observe que, bien que de nombreux
éducateurs maîtrisent les lignes directrices curriculaires et la fundamentation
théorique liée à ces domaines, ils rencontrent encore des difficultés pour
articuler cette connaissance avec leur pratique. En conséquence, le
développement des compétences en lecture et écriture se trouve réduit à un
accomplissement superficiel des contenus, sans réellement évaluer le progrès de
l’étudiant. Cette approche empêche que soit réalisée la téléologie établie dans
le curriculum, spécialement en ce qui concerne le développement de ces
compétences dans les premières années de l’enseignement primaire.
Par
ailleurs, dans les standards de base de compétence en Langage, le MEN (2006) propose le développement de compétences communicationnelles.
C’est-à-dire des actions qui permettent à l’étudiant de communiquer et
d’interagir efficacement dans son environnement social au sein de la société.
En ce sens, les enseignants guident les étudiants vers une prise de conscience
de leur contexte, favorisant ainsi des environnements scolaires alphabétisés et
alphabétisants. De cette manière, l’enseignant ne transmet pas seulement des
connaissances, mais offre également à l’étudiant des outils pour affronter son
propre apprentissage. Et c’est ici que s’établit comme fondement la théorie de
l’accommodation de la parole, de Giles et al. (1973 : 189), qui ont exprimé :
L'accommodation langagière
s'est donc avérée être plus qu'un processus tout ou rien, du moins dans cette
situation expérimentale. Certains sujets du groupe expérimental dans
l'échantillon étaient prêts à mélanger alternativement les deux langues,
déplaçant ainsi l'accent d'un code vers un autre (phénomène semblable aux
modifications apparentes dans l'appariement des réponses). (traduction de la
revue).
Ce qui vient d’être exprimé
suscite l’idée fondamentale selon laquelle la communication humaine est
dynamique et active. Par conséquent, lorsque le locuteur réalise l’acte
accommodatif de sa parole, il ne s’agit pas seulement de choisir un critère
linguistique, mais il établit un lien et une sorte de syntonie qui conduit le
locuteur à fournir une réponse adéquate, en fonction de son expérience avec
l’environnement.
Par ailleurs, on assume
également l’approche socioculturelle de Bourdieu et
Passeron (2008), orientée vers le renforcement de la communication au
sein de la classe, mais qui dépasse l’acte relationnel simple et ordinaire
d’interaction. Ainsi, Bourdieu et Passeron (2008 :
63) soulignent que :
Réduire la relation de
communication pédagogique à une pure et simple relation de communication
empêche de comprendre les conditions sociales de son efficacité proprement
symbolique et proprement pédagogique, qui consistent précisément à occulter le
fait qu’elle n’est pas une simple relation de communication (traduction de la
revue).
De même, il est opportun de
considérer que la politique éducative, selon Reyes (dans le MEN, 1998 : 48), propose une alphabétisation dont
les lignes directrices proposent « une alphabétisation centrée sur quatre
compétences (lecture, écriture, oralité et écoute) » (traduction de la revue).
Cependant, transposer cette théorie dans la pratique en contextes ruraux
implique de s’adapter à de multiples défis. Par exemple, dans beaucoup d’écoles
rurales, l’accès aux supports imprimés et à la connectivité numérique est
insuffisant, ce qui limite le développement des compétences dans des conditions
d’égalité. Malgré cela, les enseignants utilisent des stratégies créatives pour
servir de médiateurs aux contenus. Ainsi, le processus d’alphabétisation est
orienté par les intérêts et les réalités du sujet, afin de mettre en œuvre des
compétences qui vont au-delà d’un simple signifié.
Sans doute, la formation en
compétences littéraires permet non seulement la jouissance et l’appréciation de
la culture, mais favorise également la compréhension des textes. Elle promeut
aussi une communication éthique, liée à l’environnement social et ouverte au
dialogue, ce qui peut être consolidé par des projets de classe. Quant aux
compétences linguistiques, selon les standards, elles renforcent
l’enseignement, concrétisé dans la lecture et l’écriture. Cela se réalise par
l’organisation des pensées pour les présenter en mots qui seront écrits et lus.
Un autre aspect est la
séquence et la cohérence dans la planification de la classe, soumises aux
exigences requises par le changement d’un curriculum qui conduit à améliorer
l’apprentissage. Dans cette finalité, surgit la question : de quelles actions
réalistes l’enseignant a-t-il besoin lorsqu’il met en œuvre l’enseignement de
la lecture et de l’écriture en incluant les standards ? En répondant à cette
question, Báez et D’ottavio (2019 : 9)
affirment que l’enseignant a besoin d’« une formation professionnelle de
l’éducateur qui permette à l’apprenant de se tromper » (traduction de la
revue). Il est vrai que les constructions d’exercices contextualisés qui
expriment la réalité rendent possibles les compétences (cela est inscrit dans
les standards), mais encore l’enseignant doit analyser, comprendre et exécuter
les compétences corrélées avec des textes qui reflètent la réalité de l’élève.
Un aspect clé est la séquence
et la cohérence dans la planification de la classe, alignée avec les
changements curriculaires qui cherchent à améliorer l’apprentissage. Cela pose
la question : quelles actions concrètes l’enseignant doit-il entreprendre pour
mettre en œuvre l’enseignement de la lecture et de l’écriture en intégrant les
standards ? Selon Báez et D’ottavio (2019),
pour y parvenir, l’enseignant doit recevoir une formation professionnelle qui
permette à l’apprenant d’apprendre de ses erreurs. Ainsi, la construction
d’exercices contextualisés, qui reflètent la réalité de l’élève, facilite le
développement des compétences. Cependant, l’enseignant doit analyser,
comprendre et appliquer ces compétences de manière adéquate pour que les textes
travaillés soient pertinents pour les élèves.
En conclusion, il est
nécessaire d’approfondir la réalité éducative qui se déroule et se développe en
milieu rural ainsi que la préparation spécifique des enseignants qui
travaillent dans ces contextes. Il est fondamental que les éducateurs qui
soutiennent les élèves dans ce milieu disposent d’une formation spécialisée en
théories pédagogiques. En cohérence avec cela, Ferreiro
(1944 : 86) estime que :
Apprendre la théorie de la
pédagogie rurale ou la théorie de la sociologie rurale est facile et s’inscrit
parfaitement dans les possibilités de tout étudiant. Mais concrétiser cette
théorie dans la pratique du vivre est très différent. La « ruralisation » du
maître est un problème d’adéquation à l’environnement ; c’est une question de
formation sociale, non intellectuelle (traduction de la revue).
De ce qui précède, on peut
dire que le véritable défi de la pédagogie rurale ne réside pas exclusivement
dans l’apprentissage intellectuel de théories sur la ruralité – comme celles de
la sociologie ou de la pédagogie rurale – mais dans la capacité du maître à
incarner ces théories dans son acte pédagogique quotidien. Les intérioriser
contribuera à rendre l’apprentissage plus accessible au néo-connaissant ;
toutefois, les traduire en modes de vie, en sensibilité et en relation avec
l’environnement rural exige une transformation beaucoup plus profonde.
L’expression « ruralisation » du maître devient, de son côté, un processus
d’adéquation à l’environnement qui transcende le conceptuel et s’appuie sur le
vécu, sur l’enracinement éthique, sur la part affective et culturelle propre à
l’environnement rural. Il ne s’agit pas seulement de savoir sur la campagne,
mais de l’habiter et de la vivre avec sens ; il doit comprendre ses rythmes,
ses résistances et ses formes de production symbolique, ainsi que le « modus vivendi
» de ses élèves et de leurs parents. En ce sens, la formation de l’enseignant
rural est avant tout un processus de formation sociale, non seulement
intellectuelle, dans lequel le pédagogique s’entremêle avec l’humain.
L’éducation rurale
S’aventurer dans l’étude de l’éducation rurale, à notre époque –
comme cela a été le cas depuis des années – est une tâche gigantesque,
nécessaire et importante. Plusieurs auteurs ont cherché à manifester que
l’éducation qui se développe en milieu rural a autant de valeur que l’éducation
qui se développe en milieu urbain. Ainsi, on signale avec Barba (2011, cité
dans Santamaría-Cárdaba
et Sampedro Gallego, 2020 : 153) que « l’école rurale est une réalité différente et un foyer de
propositions d’innovation éducative qui répondent peu à peu à ses propres
besoins » (traduction de la revue). Et depuis
cette réponse singulière aux besoins, l’éducation rurale a également son impact
sur l’équité éducative, c’est pourquoi les enseignants font face à des défis
structurels pour l’incorporation de stratégies pédagogiques adaptées aux
besoins et intérêts des élèves et de la communauté dans ces contextes ruraux.
En correspondance avec cela, il faut dire que l’éducation rurale
affronte de multiples défis, car l’infrastructure institutionnelle, la plupart
du temps, n’est pas adaptée aux exigences pédagogiques requises pour accueillir
les apprenants et le maître. De plus, les enseignants qui exercent la tâche
éducative doivent avoir une sensibilité différente et une disposition à
transformer les processus, car, bien souvent, la formation enseignante reçue ne
les prépare pas à partager des connaissances et à provoquer un apprentissage
significatif chez les élèves du milieu rural. Selon Santamaría-Cárdaba et
Sampedro Gallego (2020 : 148) : « l’école rurale souffre de la même marginalité économique et
symbolique du milieu rural, mais elle a de grandes potentialités comme espace
d’innovation pédagogique et comme institution dynamisatrice des communautés
rurales » (traduction de la revue). Cette approche
souligne la nécessité de politiques éducatives qui reconnaissent la spécificité
de ces environnements et promeuvent des stratégies adaptées.
De son côté, Mendoza-Ponce (2024 : 151) signale que « il existe encore des fossés
insurmontables entre l’éducation urbaine et l’éducation rurale, en raison des
politiques éducatives mal orientées tant au Pérou que dans d’autres pays » (traduction de la revue). Cette analyse met en évidence l’urgence
de développer des propositions qui répondent aux besoins des élèves ruraux et
favorisent la revalorisation de leurs cultures et coutumes, dans le but de
promouvoir le plus grand degré d’équité pour les élèves du milieu rural.
En cohérence avec cela, on valorise l’apport de Carrero Arango
et González Rodríguez (2016 : 81), qui indiquent :
En milieu rural, le service éducatif a été influencé par les
conditions socio-économiques, culturelles et d’infrastructure des populations
rurales. En termes généraux, on peut décrire une école en milieu rural comme un
établissement pauvre, délabré, avec peu d’équipement et un mobilier peu
fonctionnel, des conditions qui font qu’elles sont vues comme peu intéressantes
et, de la même manière, l’État et les politiques oublient le milieu rural (traduction de la revue).
De ce point de vue, il faut signaler que les espaces dans ces
salles de classe sont réduits, ce qui rend difficile l’enseignement à des
groupes d’âges et de niveaux d’apprentissage différents. De même, le manque de
moyens technologiques adéquats représente une barrière significative pour
mettre en œuvre les politiques éducatives de qualité dans ces contextes. Alors,
dans une considération psychopédagogique, Silva Zapata et
Rodríguez Bedoya (2022 : 6) soulignent l’importance de la cognition située dans l’éducation
rurale, affirmant que :
C’est ainsi que l’éducation rurale
actuellement dans le panorama latino-américain se développe sous une réalité
complexe, car beaucoup des modèles par lesquels se déroule le processus
d’enseignement-apprentissage n’intègrent pas de manière assertive la promotion
d’éléments nécessaires dans les dimensions de participation des pratiques
éducatives, ainsi que la construction individuelle et sociale dans le contexte
de développement de toutes les communautés rurales (traduction
de la revue).
Cette approche suggère que l’éducation rurale doit intégrer des
méthodologies qui respectent l’identité culturelle et les dynamiques
communautaires. Dans le domaine des ressources didactiques, l’éducateur du
contexte rural est confronté à un travail avec plusieurs cours d’âges
différents dans une même salle de classe. Face à cette réalité, le maître a
besoin de délimiter des méthodologies flexibles qui invitent au travail en
équipe entre pairs, avec des environnements qui incitent les élèves à réfléchir
sur leurs propres actions dans le développement des tâches.
En ce sens, il est opportun de citer Terigi (2013 : 1) qui indique : … les écoles
rurales offrent l’opportunité d’étudier la dynamique des apprentissages qui se
produisent lorsque les contenus débordent la séquence graduée et lorsque des
enfants (…) qui se trouvent à différents points de leur scolarisation
interagissent à propos d’un même contenu (traduction
de la revue).
Cela amène à conclure que, dans les
contextes d’enseignement rural, l’apprentissage est renforcé par la
collaboration entre pairs, où le niveau supérieur peut enseigner au niveau
inférieur et renforce l’expérience éducative. Cela est lié à l’attribut établi
par Contreras-Colmenares (2004 : 451-452) qu’il a dénommé : coetaneidad (contemporanéité
/ co-âge).
[Cet attribut] (…) a à voir avec l’existence
de médiateurs dans la classe qui sont contemporains et ont les mêmes besoins et
intérêts : c’est-à-dire que ce sont des élèves, en processus d’apprentissage,
mais qui ont avancé plus que d’autres. De sorte que leurs pairs ont plus
confiance pour s’adresser à eux plutôt qu’aux adultes qui les entourent (traduction de la revue).
De ce qui précède, il peut être dit que la coetaneidad dans la
classe pose une dimension relationnelle et affective au processus
d’apprentissage, fondée sur la proximité générationnelle et la reconnaissance
entre pairs. La coetaneidad,
comme principe éducatif, implique que l’interaction entre élèves qui partagent
des temps formatifs génère un espace d’apprentissage plus accessible, dynamique
et collaboratif. Étant donné qu’il s’agit d’autres élèves, qui sont des
camarades, qui ont avancé davantage dans le processus mais conservent une
proximité cognitive avec les autres, alors s’établit une médiation horizontale,
par opposition à la relation verticale traditionnelle entre enseignants et
élèves.
Dans une perspective socio-constructiviste, cela est lié à cet
apprentissage qui se produit dans un environnement social, et où la
connaissance se construit à travers l’interaction avec autrui, spécialement
avec ceux qui se trouvent dans une zone de développement proche (Vygotsky, 1978). Avec cette
vision, la coetaneidad :
les élèves les plus avancés n’imposent pas le savoir, mais facilitent l’accès à
celui-ci depuis une position de pairs accessibles, générant confiance et
réduisant le fossé cognitif.
Cette facilitation de l’apprentissage par les pairs coetáneos
aura d’autant plus de puissance qu’elle se réalise dans les écoles multigrades,
schéma très particulier des écoles rurales. Ce modèle est commun dans les zones
rurales et les communautés à faible densité de population, où la répartition
des élèves ne permet pas une organisation traditionnelle par niveaux. En
principe, il faut signaler que les écoles multigrades sont considérées comme
des institutions éducatives dans lesquelles un même enseignant enseigne à des
élèves de différents niveaux dans une même salle de classe.
À ce sujet, Terigi (2013 : 1) exprime : « Le multigrade ou plurigrade (techniquement dénommé
section multiple en Argentine) est une section scolaire qui regroupe des élèves
qui suivent différents niveaux de leur scolarité primaire simultanément avec un
même maître » (traduction de la revue). Selon le
niveau, ces écoles multigrades peuvent accueillir des élèves de préscolaire,
d’éducation de base, et même de l’enseignement secondaire. Une autre vision
définitionnelle est fournie par González Lira et al. (2021 : 352), qui indiquent que «
les écoles multigrades sont celles où les enseignants ou figures éducatives
prennent en charge des élèves de différents niveaux dans une même salle de
classe » (traduction de la revue).
À partir de diverses investigations, il faut commenter que :
… l’intérêt pour la revendication du
multigrade comme une modalité éducative qui présente d’importants avantages
pédagogiques sur les écoles à niveaux séparés, sous la prémisse que cette forme
d’organisation scolaire peut être utilisée dans n’importe quelle situation
éducative et non seulement par des impositions administratives, car dans sa
dynamique se configurent des communautés d’apprentissage. (González
Lira et al., 2021 : 352, traduction de la revue).
Comme bien exprimé, cette caractéristique particulière de
l’éducation rurale, bien qu’elle dispose souvent de ressources limitées, comme
du matériel didactique ou, dans certains cas, des livrets présentant des
informations désactualisées et décontextualisées, elle a néanmoins quelques
prérogatives ou avantages du point de vue pédagogique.
Selon ce critère, il est également important de signaler que,
ces treize (13) dernières années, en Colombie, plusieurs projets en éducation
ont été mis en œuvre, centrés sur l’amélioration de l’éducation du secteur
rural. L’un de ces efforts est le Proyecto de Educación Rural (PER) qui a commencé à être exécuté en 2009 (MEN, 2009), avec lequel
l’instance dirigeante de l’éducation a cherché à élargir l’accès à une
éducation de qualité depuis le niveau préscolaire jusqu’au niveau secondaire.
Parmi ses stratégies, on distingue l’inclusion de ressources comme la « maleta
de juegos » (mallette de jeux) pour renforcer les processus de lecture et
d’écriture de manière ludique. Et selon le MEN (2009 : 1) :
L’objectif du programme est d’accroître
l’accès avec qualité à l’éducation dans le secteur rural du préscolaire au
secondaire, de promouvoir la rétention des enfants et des jeunes dans le
système éducatif et d’améliorer la pertinence de l’éducation pour les
communautés rurales et leurs populations scolaires, afin d’élever la qualité de
vie de la population rurale (traduction de la revue).
De même, une autre stratégie mise en œuvre a été le Programa Todos
Aprender (PTA) en fonctionnement depuis 2012, dont
l’objectif est d’améliorer la qualité de l’enseignement et les niveaux
d’apprentissage dans le primaire, à travers des actions d’accompagnement de
l’enseignant de l’école primaire. Ce programme est une tactique à grande
échelle, tant formative que d’accompagnement des enseignants qui travaillent
dans les institutions éducatives de Colombie, aussi bien pour ceux qui
travaillent en milieu rural que pour ceux du milieu urbain (MEN, 2022).
Cependant, malgré ces avancées, il est encore nécessaire que ces
politiques reconnaissent les particularités du travail dans les classes
multigrades. Il est urgent d’inclure des espaces de formation : les programmes
gouvernementaux doivent inclure la formation spécifique des maîtres de
multigrade qui travaillent en milieu rural. Et, dans cette formation, doivent
être incluses les orientations singulières et spécifiques sur la manière de
promouvoir les processus fondamentaux de la lecture et de l’écriture.
En ce sens, il est nécessaire de repenser une politique
éducative qui dialogue avec la réalité de l’éducation rurale. Cela implique de
transformer la formation des éducateurs, en proposant des méthodologies
adaptées aux contextes isolés, avec un discours pédagogique qui respecte le
mode de vie et les savoirs propres de ces communautés pour l’enseignement de la
lecture et de l’écriture. De plus, il faut exécuter des interventions
didactiques en considérant les défis qu’ont ces contextes avec des suivis qui aident
à l’avancement des processus de connaissance.
Attentes et réalité de la formation des enseignants du secteur
rural
Pour parler de formation des enseignants, il est nécessaire, à cet
égard, que l’éducateur non seulement connaisse les savoirs qu’il va enseigner,
mais réfléchisse également à la manière dont il porte ces connaissances vers
l’interaction avec l’apprenant, afin que l’apprentissage soit optimal dans le
contexte rural. De même, il doit savoir que l’enseignement dans le secteur
rural colombien se fait en multigrades. Ainsi, l’enseignant connaît le contexte
et les affects de l’enseignement. En outre, l’éducateur doit considérer comment
l’élève lit sa réalité en prenant pour référence l’environnement rural. Il faut
prendre en compte ce qui est disposé dans la Ley 115 (1994), car son Article 1 dispose : « L’éducation est un processus de
formation permanente, personnelle, culturelle et sociale qui se fonde sur une
conception intégrale de la personne humaine, de sa dignité, de ses droits et de
ses devoirs » (traduction
de la revue). Cette précision
doit également être assumée pendant le processus de formation de ceux qui
exerceront comme enseignants. Mais, également, il faut envisager que la
formation permanente, continue ou le développement professionnel doit être une
action propre et cohérente de l’État. Tout cela dans le but de soutenir
l’activité de l’enseignant tant dans le processus d’enseignement que dans celui
d’apprentissage.
C’est pourquoi il est nécessaire d’examiner trois aspects liés à la
formation des enseignants dans les localités dispersées. Premièrement, il est
fondamental d’analyser comment la politique éducative du Ministère de
l'Éducation Nationale est mise en œuvre. Deuxièmement, il est nécessaire de
savoir comment les universités forment les enseignants pour enseigner dans les
communautés rurales. Enfin, il faut rechercher ce qui se passe dans la pratique
d’enseignement de l’éducateur de multigrades. Les réponses à ces questions
doivent faire l’objet d’une recherche constante et d’un intérêt permanent pour
les chercheurs, car elles sont essentielles pour ceux qui se consacrent à
l’étude de l’éducation, spécialement dans le domaine rural, et aux processus
fondamentaux comme l’enseignement de la lecture et de l’écriture dans les
premiers niveaux de scolarité.
L’éducation du secteur rural est de grande importance pour le
développement de la société. Par conséquent, on a besoin d’un peuple plus
réflexif qui lie la connaissance pour contribuer au développement de
l’économie. Cependant, dans ce contexte, on observe un grand fossé éducatif,
car la formation de l’enseignant de multigrade favorise peu la formation d’un
sujet analytique qui propose des solutions aux situations de la société.
Selon le rapport sur le niveau éducatif des enseignants du secteur rural
présenté par le Banco de la República en Colombie, beaucoup des éducateurs sont
des professionnels (diplômés, carrière pédagogique et troisième cycle).
Cependant, malgré une formation académique, la question se pose : comment les
universités forment-elles l’éducateur, puisque le fossé dans l’éducation rurale
persiste ? Pour aborder cette problématique, les universités doivent repenser
leurs programmes et créer un profil plus critique, plus analytique qui se
concentre sur l’enseignement de la lecture et de l’écriture dans des contextes
ruraux.
L’instance dirigeante de l’éducation doit offrir une formation aux
enseignants dans le développement de compétences pour enseigner dans le secteur
rural. De même, face à la diminution des enseignants diplômés, des
professionnels d’autres disciplines ont été incorporés à la tâche éducative.
Parmi eux, on peut citer : ingénieurs, avocats, économistes, dont la formation
de base est très éloignée de la pédagogie et, par conséquent, ils ont des
difficultés à travailler avec des degrés multiples dans le secteur rural. Cette
situation génère des difficultés lorsqu’il s’agit de travailler avec des degrés
multiples, car le manque de formation spécifique en éducation limite la
capacité des nouveaux enseignants à s’adapter aux particularités du secteur
rural.
Il faut alors préciser que la formation des enseignants en Colombie se
trouve à une croisée des chemins ; d’une certaine manière, elle est prise entre
une tension qui émerge à travers un discours modernisateur et des structures
qui résistent au changement. Le profil de l’enseignant réflexif, inclusif et
technologiquement compétent se heurte frontalement à une réalité de formation
théorique. Il y a donc des conditions de travail précaires et une déconnexion
avec les divers contextes du pays.
Ainsi, surmonter cette brèche, cette fissure, pourrait-on dire cette
cavité existante, n’est pas une tâche mineure et, par conséquent, elle exige
plus que de simples ajustements curriculaires. Elle demande plutôt une
politique d’État, qui soit intégrale et qui mise sur la dignification de la
profession enseignante, à travers de meilleurs salaires et conditions de
travail. Avec cette politique d’État, il faut prévoir un budget pour qu’un
investissement résolu ait lieu et aboutisse à la qualité éducative et à la
pertinence des programmes de formation initiale et continue. De même, il faut
plaider pour un système d’évaluation caractérisé par une vision véritablement
formative et non punitive ou sanctionnatoire. Seulement dans la mesure où l’on
aligne l’état désiré ou le devoir-être avec les possibilités réelles contenues
dans l’être, seulement dans cette mesure on pourra impulser l’immense potentiel
transformateur qui réside dans les maîtres et maîtresses de Colombie. Et ainsi
on les convertira en véritables artisans et pierre angulaire d’une société qui
aspire à être plus juste, équitable et en paix.
La figure de l’enseignant est un pilier fondamental dans la construction
de tout projet de nation. En Colombie, un pays caractérisé par de profondes
inégalités sociales et une aspiration historique à la paix, le rôle du maître
acquiert une dimension beaucoup plus importante et cruciale. Dans ce contexte,
les politiques publiques et le discours académique ont configuré un profil du
professionnel de l’éducation, qui tend à être très idéal, mais qui est loin de
l’action et de la formation qu’ils reçoivent. Cette situation est marquée par
la préoccupation. Il en est ainsi car l’examen de la littérature dans divers
rapports révèle un écart significatif entre ce construit normatif et la
pratique permanente et quotidienne de l’enseignant, découlant de la formation
reçue.
En examinant la littérature, on a pu trouver dans la réglementation en
vigueur, liée au critère académique, un profil enseignant aux multiples
facettes et hautement exigeant pour les enseignants de Colombie, centré sur
trois éléments essentiels :
a) L’enseignant comme intellectuel et professionnel réflexif : Loin d’être un exécutant ou un applicateur de programmes curriculaires,
l’idéal à assumer doit être celui de former un professionnel autonome qui
enquête sur sa propre pratique (Schön, 1983). En menant cette investigation,
l’enseignant peut passer de la pratique pédagogique à la praxis pédagogique et
à la métapratique (Contreras-Colmenares, 2021) qui devient une
progression depuis la pratique pédagogique. Alors, on attend que l’enseignant
analyse critiquement son travail pédagogique et ainsi génère connaissance et
apprentissage situé depuis la classe et participe activement à des communautés
d’apprentissage pour transformer son environnement éducatif.
b) Agent d’inclusion, de paix et de transformation sociale : En consonance avec les défis du post-conflit et de la diversité
inhérente au pays, on attend de l’enseignant qu’il soit un médiateur culturel
et un promoteur de l’équité. Ainsi, la formation de l’enseignant doit le doter
d’outils pour gérer l’hétérogénéité de pensée et d’intérêts qui se produisent
dans la salle de classe ; de même, l’inclusion des élèves ayant des besoins
éducatifs spéciaux est obligatoire et il devra développer des compétences
socio-émotionnelles qui favorisent la convivialité et la construction d’une
culture de paix, transcendant ainsi ce qui se passe dans l’espace scolaire pour
impacter la communauté. En ce qui concerne la culture de paix, Sánchez Cardona
(2016 : 64) déclare que :
Parler d’une culture pour la paix a son degré de difficulté, car il est
nécessaire de définir d’abord dans quel cadre de référence se situe le concept
de culture et, à partir de là, procéder à développer ce que l’on entend par
paix et, consécutivement, contextualiser la théorie de la culture de paix dans
un pays donné (traduction
de la revue).
Cette complexité doit être évaluée aux fins de pouvoir situer dans un
contexte spécifique, celui vécu en Colombie, pour pouvoir comprendre, en
premier lieu, la paix, à partir des situations de conflit, ce qui permettra
d’arriver à la compréhension de la culture de paix.
c) L’enseignant doit être un expert en compétences du XXIe siècle et un
médiateur technologique : Le discours de suprématie, de supériorité,
de prééminence et hégémonique prédominant exige un enseignant capable de former
des citoyens pour un monde globalisé et numérique. Cela implique non seulement
sa propre maîtrise de la pensée critique, de la créativité et de la
collaboration, mais aussi l’habileté à intégrer les Technologies de
l’Information et de la Communication (TIC). Ainsi, on formera un enseignant qui
pourra développer son acte pédagogique de manière pertinente. Il dépassera
ainsi son application unique comme instrument pour convertir les TIC en
véritables ressources didactiques de médiation qui contribuent à la
construction de l’apprentissage significatif.
En cohérence avec cela, la formation des enseignants dans le secteur
rural colombien fait face à des défis structurels qui affectent la qualité
éducative et la préparation des maîtres à répondre aux besoins de leurs
communautés. Les attentes se concentrent généralement sur la création de
programmes adaptés à la ruralité, avec des approches qui intègrent les
connaissances locales, les stratégies pédagogiques contextualisées et le
renforcement de l’identité professionnelle des enseignants. Néanmoins, la réalité
montre que la plupart des programmes de formation sont conçus pour des
contextes urbains. On laisse et on estompe la formation pour les enseignants
qui travailleront en milieu rural. À cela s’ajoute que les professionnels de
diverses professions qui sont inclus dans l’enseignement auront plus de
difficultés à affronter l’enseignement dans les communautés d’éducation rurale.
Le discours des maîtres ruraux dans l’enseignement de
la lecture et de l’écriture
Il faut partir d’une définition singulière du discours. En ce sens, on
assume le critère définitionnel de Van Dijk (1997 : 22) donné
de la manière suivante : « the term ‘discourse’ usually refers to a form of
language use, public speeches or more generally to spoken language or ways of
speaking » (traduction
de la revue).
Dans les scénarios ruraux, le travail enseignant dépasse la simple
transmission de connaissances et devient un acte communicatif profondément
humanisant et transformateur. Le discours de l’enseignant, dans ce contexte de
ruralité, ne doit pas être neutre. L’enseignant, par conséquent, doit
participer activement à la construction de significations, à la configuration
d’imaginaires et à la dignification des communautés rurales. Ainsi, sous cet
angle, le discours enseignant en contextes ruraux doit intégrer des théories et
des pédagogies qui reconnaissent sa dimension contextuelle, dialogique,
affective et transformatrice. En ce sens, il faut repenser le rôle de
l’enseignant dans ces espaces de ruralité.
On a toujours considéré que, dans la salle de classe, l’enseignant,
généralement, est celui qui modère ou dirige l’exécution des actions et oriente
les stratégies à réaliser. Par conséquent, on lui accorde un rôle hautement
actif. Ainsi, il est considéré comme un guide des processus qui se développent
dans la classe. En ce sens, le type de communication que le professeur établit
dans la classe définit son rôle enseignant. Selon Cabrera Cuevas (2003 :
17) : « Le professeur a le pouvoir de définir un discours
quant à sa relation communicative. [Par conséquent] son type de communication
prédominant est lié à un rôle de conducteur de contenus ou de guide
d’apprentissages » (traduction
de la revue).
En correspondance avec ce critère, Vygotsky (1985, cité dans Patiño Garzón,
2007 : 58) :
… assigne une signification spéciale aux relations existant entre les
participants d’un processus en ce qui concerne le développement et
l’apprentissage, en raison de leur répercussion sur le diagnostic des capacités
intellectuelles et sur l’élaboration d’une théorie de l’enseignement qui ouvre
une nouvelle perspective d’action (traduction
de la revue).
Cela implique que le contexte d’interaction entre les membres d’une
communauté d’apprentissage, influencés par le rôle que joue l’enseignant, peut,
d’une certaine manière, soutenir ou restreindre la réflexivité et la
construction collaborative de l’apprentissage entre tous les acteurs de la
salle de classe. Indubitablement, le discours de l’enseignant a un grand impact
sur ce processus de médiation.
Cependant, le discours de l’enseignant est bien plus que la simple
transmission de contenus. Il s’agit plutôt d’un acte communicatif ourdi
d’intentions, d’affects et de significations qui construit un espace de
rencontre humaine. Van Dijk (1999), par exemple, considère que le discours, en
général, est aussi un acte de pouvoir et de construction de la réalité. Par
conséquent, cela implique que l’enseignant, avec ses mots, non seulement
fournit des informations, mais, dans de nombreux cas, modèle des imaginaires et
configure des relations de pouvoir. Ainsi donc, « le discours est conçu comme
“les structures et stratégies complexes du texte et de la conversation telles
qu’elles sont réellement mises en œuvre (produites, interprétées, utilisées) dans
leurs contextes sociaux” » (Van Dijk, 1999, p. 251, traduction de la revue).
Ainsi, le discours, entendu au-delà de sa dimension linguistique,
constitue donc une pratique sociale située qui modèle et reflète les structures
de pouvoir et les relations culturelles qui traversent toute interaction
communicative. Selon le même Van Dijk (1999), le discours ne doit pas être conçu comme
une forme transmissive de contenus ou une simple transmission d’information
neutre. Le discours est alors valorisé comme une forme d’action sociale qui
organise et légitime des significations, reproduit des idéologies et construit
des réalités partagées. Cette perspective critique repose sur la prémisse que
les discours possèdent une macrostructure – l’organisation globale des thèmes
et des idées principales – et aussi une microstructure – la sélection lexicale,
les ressources rhétoriques et les nuances de sens – ; ces structures (macro et
micro) interagissent dans la configuration d’un acte communicatif à potentiel
transformateur.
En ce sens, le discours de l’enseignant, particulièrement en milieu
rural, doit avoir clarté et conscience qu’il ne communique pas seulement des
contenus académiques, mais qu’il sert aussi de médiateur entre les cultures et
a la capacité de rendre visible ou de taire les savoirs locaux. Ainsi, le
discours enseignant peut devenir un acte caractérisé par le pouvoir, dans la
mesure où il renforce des relations verticales et ignore la richesse culturelle
de la communauté. Dans le cas contraire, il peut être pris comme un acte
humain, humanisant et dignifiant, en ce qu’il reconnaît et respecte la parole,
le langage, la voix de l’élève du milieu rural. Sous cet angle, on valorisera
son identité et on renforcera sa culture et ses actes discursifs propres à
l’environnement rural.
Le discours enseignant rural doit donc, en principe, reconnaître et
valoriser les savoirs locaux. Car les enseignants « apportent ainsi non
seulement leurs connaissances académiques, mais aussi leurs connaissances et
savoirs locaux et régionaux » (Dietz, 2010 : 65 (traduction
de la revue). De plus, le
discours doit promouvoir et développer la dialogique, ce qu’il pourra réaliser
dans la mesure où il favorise la participation active de ses élèves. Enfin, le
discours doit être marqué par l’affectivité et un profond sens de la
transformation dans le lexique, sans perdre son empreinte et son idiosyncrasie
contextuelle, marquées par la ruralité. Ainsi, il favorise la formation des
identités des élèves ruraux, ce qui influence favorablement leur estime de soi
et leur sentiment d’appartenance.
En milieu rural, le discours de l’enseignant revêt une signification
encore plus dense. Dans ce milieu, la classe n’est pas séparée, isolée de la
vie communautaire, mais elle est imbriquée dans les dynamiques rurales et les
cosmovisions locales. Comme le souligne Freire (1997),
l’éducation doit être un acte de dialogue authentique, qui parte des conditions
réelles des élèves et non d’une logique urbaine ou technocratique qui ignore la
richesse du monde rural. À ce sujet, Cruz Aguilar (2020 : 197) exprime :
La conception éducative de Freire est une éducation qui cherche le plein
et authentique développement de l’autre, car elle se constitue dans la juste
mesure où l’autre se constitue ; c’est un acte biophilique qui cherche le plein
développement de la liberté, du dialogue, de la communication, du développement
avec et par l’autre (traduction
de la revue).
Cette vision freirienne se consolide dans ce qu’on appelle aujourd’hui
l’altérité. Ainsi, le discours doit être libérateur et promoteur du dialogue et
de l’autonomie de l’élève. Sous ce prisme, il faut signaler qu’il est
nécessaire de comprendre que le discours de l’enseignant dans les espaces
ruraux doit être conçu comme un acte communicatif contextualisé, dialogique et
situé. De sorte qu’il ne pourra jamais être un exercice discursif caractérisé
par la neutralité ou l’impartialité. Il a sa propre charge subjective. Par
conséquent, il faut interpréter qu’il comporte et contient des décisions sur
quoi et comment dire, et ces décisions influent directement sur la manière dont
les élèves ruraux comprennent et resignifient leur monde. Il est donc
fondamental que le discours enseignant en milieu rural favorise une pratique
dialogique, caractérisée par la médiation culturelle. Sous cette orientation,
on renforcera l’estime de soi, la participation, le respect, l’idiosyncrasie et
la dignité des élèves du milieu rural.
En outre, en ce qui concerne le discours de l’enseignant en milieu rural
par rapport à l’enseignement de la lecture et de l’écriture, il est
indispensable de mentionner que, sur ce sujet, le discours enseignant est une
composante essentielle des processus d’enseignement et d’apprentissage. Ainsi,
se configure une manière qui permet aux élèves d’interagir avec le langage et
ainsi de développer des compétences communicatives. De même, le néo-apprenant
va générer une approche de la production textuelle et de la compréhension de la
lecture, de manière agréable, significative et utile pour son agir dans la
communauté rurale. Par conséquent, son impact transcende la classe et devient
un facteur déterminant dans la construction de la pensée critique et dans l’appropriation
des pratiques de lecture et d’écriture.
En conséquence, la manière dont les enseignants structurent leur
discours influence directement la compréhension en lecture et la production
écrite des élèves. Pour cela, ils emploieront des stratégies comme la
reformulation, les questions ouvertes et la connexion avec les savoirs
préalables, permettant une approche significative du texte, favorisant la
réflexion et l’analyse. De plus, l’enseignement de la lecture n’est pas
seulement une question technique, mais il est inséré dans des dynamiques
sociales et politiques qui affectent sa mise en œuvre dans divers contextes.
En milieu rural, par exemple, l’accès limité à des matériels adéquats et
le manque de formation spécifique dans les processus de lecture peuvent générer
des difficultés dans l’appropriation des connaissances. Ce qui doit être
remédié par l’enseignant par son agir discursif et la production de ressources
significatives. Et ainsi il favorisera et consolidera la production textuelle
dans la classe. Et, dans cette veine, il devra dépasser l’action
conventionnelle, singulière et spécifique de corriger les erreurs. Pour cela,
il utilisera des messages de retour effectifs. Il générera l’habileté à
argumenter avec le discours oral et à réaliser des analyses de textes, afin de
consolider les compétences communicatives et le développement d’une écriture
avec sens et signification.
Enfin, il est important de valoriser que le discours de l’enseignant qui
travaille en milieu rural ne doit pas être compris exclusivement comme un moyen
transmetteur de savoirs ; ce discours doit être la manière dont on favorise la
formation de citoyens critiques et réflexifs. En somme, le discours de
l’enseignant du milieu rural, en ce qui concerne l’enseignement de la lecture
et de l’écriture, est fondamental, décisif et crucial pour la formation d’êtres
humains capables d’interagir avec le monde à travers le langage, ce qui leur
permettra en outre de devenir des agents de transformation sociale. C’est
l’aspiration vers laquelle tendra l’enseignant du milieu rural, car par son
discours il sera un modèle pour ses élèves du milieu rural.
Méthodologie
Dans le développement du présent discours académique, il s’appuie sur la
recherche réalisée selon l’approche qualitative, dont l’objectif était
d’examiner les référentiels de qualité proposés par le Ministerio de Educación
Nacional (Colombie) sélectionnés et leur intégration ou non dans le discours
des maîtres des institutions scolaires du secteur rural dans l’enseignement de
la lecture et de l’écriture comme partie de l’alphabétisation. En ce qui
concerne le recueil des informations, on a utilisé la technique documentaire
et, en cohérence avec cela, on a procédé à des lectures de : (a) les
référentiels de qualité du Ministerio de Educación Nacional (2022),
spécifiquement les lignes directrices curriculaires de la Langue Castillane et
les standards de base de compétence en Langage avec des catégories d’analyse,
pour ensuite rechercher l’intégration qu’établit le maître dans son discours ;
(b) le plan de classe de chaque enseignant ; (c) le profil qu’offrait
l’université dans la formation des « Becas por la excelencia docente ».
En conclusion, le manque d’alignement du processus formatif en
consonance avec les besoins du secteur rural dans l’exercice de la tâche
éducative limite gravement l’effectivité de l’enseignement. En ce sens, Díaz Barriga
(2019) soutient que l’enseignant doit reconstruire
son travail et faire une analyse de sa formation. Il est vrai que le professeur
doit transformer sa pensée, de manière évolutive et consciente. Par conséquent,
il doit transcender les méthodes qui se sont avérées insuffisantes dans son
processus d’enseignement et se distinguer par l’inclusion d’une didactique
innovante. Pour cela et à cette fin, il est fondamental que l’enseignant
reçoive une formation continue. Ou, en termes récents, un développement
profésiographique, comme une référentialité au processus de croissance et de
formation continue d’un professionnel dans son champ d’action. Ce processus
concerne à la fois les habiletés, les connaissances, ainsi que le processus
d’adaptation aux changements qui surviennent dans l’environnement de travail.
C’est donc un processus de renouvellement, qui dépend de la volonté de
l’enseignant à s’adapter au changement continu qui se produit dans la société
de la connaissance. Actuellement, l’innovation technologique amène l’enseignant
à devoir se former comme sujet autonome et leader dans l’enseignement, prêt aux
changements du quotidien, pour ne pas être déplacé. Exemple en est la
disruption de l’Intelligence Artificielle (IA), qui doit être connue et
maîtrisée par l’enseignant, pour soutenir ses propres processus et également
les processus d’apprentissage de ses élèves. Cette situation requiert un
enseignant empowé de sa profession qui enquête sur sa pratique dans la classe
et intègre des groupes de recherche qui contribuent à approfondir le comment de
la didactique de la lecture et de l’écriture dans le multigrade.
Par ailleurs, il faut signaler que dans le développement du présent
article, on a intégré, de manière réflexive, l’utilisation d’intelligence
artificielle générative : Microsoft Copilot (2025), Gemini, Google (2025) et Microsoft
Copilot (2025) comme outils d’aide à l’organisation des
idées, à la structuration préliminaire de sections thématiques et à
l’exploration de possibilités discursives. Cette collaboration n’a pas remplacé
l’exercice critique ni l’autorité académique, mais s’est inscrite dans une logique
de co-construction qui reconnaît la médiation technologique comme une
possibilité créative et épistémiquement située.
C’est pourquoi l’utilisation de cet outil s’est articulée avec une
attitude éthique et réflexive, privilégiant la validation des contenus
proposés, l’ajustement au cadre théorique sélectionné et la cohérence avec
l’approche pédagogique et méthodologique de l’étude. En ce sens, l’IA a été
utilisée comme une ressource complémentaire ayant permis d’enrichir le
processus d’écriture académique, sans compromettre la rigueur de la recherche
ni la singularité du « sentipensar » des auteurs.
Résultats sur le discours de l’enseignant rural dans la mise en œuvre
des référentiels de qualité : son intégration
Les enseignants des territoires isolés, dans la mise en œuvre des
référentiels de qualité de Langage, se concentrent sur le développement de
compétences nécessaires pour potentialiser l’enseignement. C’est pourquoi, dans
les pratiques de lecture et d’écriture, ils favorisent des situations avec une
variété d’éléments spécifiques ; c’est-à-dire qu’ils font des ajustements
cohérents aux contenus pour que l’apprenant pense et résolve des situations de
son environnement. Ainsi, les contextes proposés amènent le sujet à analyser,
comprendre et utiliser ceux-ci pour la construction de la compétence.
En ce qui concerne les standards de base de qualité de Langage, ils se
concentrent sur le développement de compétences nécessaires pour potentialiser
l’enseignement. C’est pourquoi l’enseignant, dans l’instruction de la lecture
et de l’écriture, favorise des situations avec une variété d’éléments
spécifiques, c’est-à-dire qu’il fait des ajustements cohérents aux contenus
pour que l’apprenant pense et résolve des situations de son environnement.
Quant aux environnements d’apprentissage qui favorisent l’analyse et la
compréhension de la lecture et de l’écriture pour développer la compétence.
Quant à la catégorie de production textuelle, les compétences de ces
processus sont concentrées sur le progrès de ses premières graphies. C’est
pourquoi il reconnaît le son des lettres et le but que cela a dans la
construction du mot parlé avec le mot écrit. Pour cela, l’enseignant étudie les
interventions didactiques pertinentes dans le développement des compétences,
les modifie et les incorpore dans l’apprentissage. Ainsi, les pratiques sont
orientées vers la potentialisation dans l’ordre de la lecture et de l’écriture
pour être exécutées avec compétence par l’apprenant (Kaufman, 2007).
À tout cela, les écrits des étudiants nécessitent que l’enseignant donne
de l’importance aux pré-savoirs (hypothèses) au début de l’écriture, car en
comprenant cela, on trace une séquence d’interventions didactiques visant à
contribuer à l’approche de l’écriture conventionnelle. À cet égard, Ferreiro (2010
: 134) considère : « Ce qui importe, c’est qu’il
écrive et qu’il sache par expérience propre que l’écrire est un instrument
utile pour communiquer avec les autres » (traduction de la revue). En d’autres termes, le maître rural
doit proposer des dynamiques dans lesquelles l’apprenant parle, exprime et
promeut une compétence de communication en corrélation avec l’écriture. Sur ce
point, surgit la question : quelles stratégies le maître rural peut-il mettre
en œuvre ? En réponse à la question, les interventions didactiques peuvent
inciter l’apprenant à la communication de l’écriture et élucider des concepts
d’un bon écrivain.
Pour connaître la compétence développée dans la production textuelle, on
a assumé les fragments de dialogues et le guide d’apprentissage organisé
collectivement par les enseignantes ayant une formation propre.
MV2 S : «
On leur envoie des exercices de compréhension à la maison, on leur fait des
appels pour que l’enfant lise, on leur pose des questions sur la compréhension
de lecture qu’ils sont en train de faire. »
MV2 S : «
Ils demandent qu’ils fassent des vidéos en train de lire et de répondre aux
questions qui leur sont envoyées sur la compréhension de lecture du texte qui
leur a été donné. » (traduction
de la revue).
En relation avec ce qui précède, les participantes ont proposé
différentes stratégies pour la production textuelle. À ce sujet, Lerner (2001) confirme : « Ce rôle actif s’exprime à travers le déploiement d’une
série de stratégies de base. » (p.19) (traduction de la revue).. C’est-à-dire que celles-ci sont considérées avec
l’intention de confronter l’apprenant à ses propres arguments. En conséquence,
l’enseignante (MV2 S) dans la compétence d’expression orale a agi en
collaboration avec la famille pour qu’ils modélisent la lecture à l’apprenant.
Peut-être que les apprenants parleront de celle-ci et écriront leurs
appréciations.
MJ.3 S : « Disons, nous allons travailler sur le
crapaud. Le crapaud. Je fais un conte qui parle du crapaud, je dessine le
crapaud, je fabrique une marionnette du crapaud. Que tout soit centré sur S.
Que nous chantions la chanson du crapaud. Que tout tende vers l’objectif de la
réussite. » (traduction
de la revue).
Certes, dans l’élaboration de textes écrits, l’enseignante (MJ.3 S)
a donné de l’importance à l’écriture de phonèmes de manière répétitive,
c’est-à-dire que l’enseignante manque d’intérêt à connaître comment progresse
l’apprenant ; on pourrait dire que dans la compétence de communication corrélée
à l’écriture, il a manqué de proposer la réflexion consciente de celle-ci.
En ce qui concerne le processus de production textuelle, on a pris le
guide d’apprentissage pour connaître le développement de celui-ci. Alors, on a
mis en évidence le travail collectif dans la ressource didactique ; là, elles
ont proposé de consolider le son des voyelles et de connaître différents
phonèmes avec celles-ci. C’est ainsi que l’enseignement du contenu a été
présenté avec une série d’activités sans séquence dans les processus. En fait,
les actions ont manqué de construction avec signification dans le développement
des compétences. En somme, éduquer dans la production textuelle dans les
premières années de scolarité est un processus, avec un enseignement conscient
de l’intervention de la lecture et de l’écriture avec une variété d’habiletés
intentionnées dans la production textuelle.
YS.4 M : « Cela ne lui vient pas si facilement ; on a dû
recourir à la méthode syllabique et aux méthodes traditionnelles » [méthodes du
degré premier].
YS.4 M : « Nous avons un projet qui s’appelle l’écriture de la
cuisine ; nous travaillons avec des étiquettes. C’est-à-dire, ces emballages
que les enfants ont chez eux. »
YS.4 M : « L’enfant lit l’étiquette ; nous avons un processus de
lecture d’étiquettes et c’était très intéressant. Cela plaît à l’enfant, parce
qu’il a chez lui l’emballage des courses que fait son père. » (traduction de la revue).
En accord avec ce qui précède, l’enseignant du secteur rural dans les
pratiques d’enseignement dans les premières années de scolarité de la lecture
et de l’écriture favorise la réflexion dans l’approche de la construction des
premières graphies de l’apprenant. Pour cela, l’enseignant favorise l’écriture
spontanée, sans imposer de modèles à l’apprenant (Ferreiro, 2010). Pour approfondir le sujet, dans l’enquête, la participation YS.4M
dans la production de textes a développé la compétence de la création du discours,
avec des situations de vécus (avec la lecture d’étiquettes). Bien que ce soit
un acte porteur de sens pour l’apprenant, on insiste toujours sur la lecture.
En fait, la production textuelle a manqué d’actions pour permettre la
construction réflexive du mot. Car l’enseignante s’est préoccupée d’enseigner
un phonème, c’est-à-dire que le développement des processus de la compétence
d’écriture n’est pas évident, de même que chez les participantes.
Dans la recherche, on a pu établir que 100 % des enseignantes ayant une
formation propre, pendant le processus de production textuelle, il y a une
désarticulation entre la lecture et l’écriture. Cela est dû au fait qu’elles
ont des lacunes dans les stratégies didactiques, qui permettraient de provoquer
chez l’apprenant le développement des interventions didactiques pour atteindre
la construction de l’écriture conventionnelle. Quant aux enseignants ayant une
formation de bourses d’excellence du MEN (2015), 100
% des enseignants réalisent des processus pour que l’apprenant réalise la
compétence de la compréhension de la lecture, mais au moment de la construction
textuelle, seulement 50 % favorisent des interventions didactiques pour
réaliser ces processus. Maintenant, en ce qui concerne la lecture et
l’écriture, seulement 25 % des participantes favorisent chez l’apprenant
l’analyse pour comprendre le sens de la construction du mot écrit.
De même, pendant l’investigation, on a trouvé que l’enseignement de la
lecture et de l’écriture est inclus dans les lignes directrices curriculaires
de la Langue Castillane du MEN (1998). On infère que les enseignants font une
étude de ces lignes directrices au moment de réaliser leurs planifications et
d’adapter les stratégies en congruence avec les postulats établis pour orienter
la lecture et l’écriture. Mais on découvre chez certains éducateurs que, bien
qu’ils aient la connaissance des lignes directrices curriculaires, ainsi que de
la fundamentation liée à cette pratique, il leur manque d’articuler ces
connaissances avec la pratique dans la classe. C’est pourquoi le développement
des compétences de la lecture et de l’écriture est donné pour satisfaire à des
contenus, sans considérer leur accomplissement ou progrès chez les élèves. Par
conséquent, on ne satisfait pas à la téléologie établie dans le curriculum, en
ce qui correspond au développement de ces deux domaines du langage dans les
premiers degrés de l’enseignement primaire.
Le discours de l’enseignant rural doit constituer une pratique qui
considère les tensions existant dans le contexte, tant l’historicité que le
culturel. Alors, face aux référentiels de qualité promulgués par le MEN (1998), ledit discours ne peut être lu comme une simple appropriation
technique, mais comme une médiation pédagogique qui réinterprète, resignifie et
souvent résiste aux mandats standardisés. Cela implique que l’enseignant du
milieu rural doit s’approprier et transformer de manière créative les
indications que fournit le MEN (1998). Et en réalisant cette transformation, il va
articuler le savoir pédagogique, le contexte et son empreinte subjective. Ainsi
s’achève cette dimension liée au discours enseignant et aux référentiels de
qualité du MEN.
Enfin, il faut affirmer que le discours de l’enseignant qui développe
son acte pédagogique en milieu rural doit assumer l’engagement de ce que Moreno
Fernández (1998 : 155) dénomme : « La acomodación o adaptación del
habla ». En ce sens, comme théorie : « L’accommodation de la parole s’intéresse
aux processus cognitifs qui se produisent entre la perception du contexte
social et le comportement communicationnel. » (traduction de la revue). (Moreno
Fernández, 1998 : 155).
Il est important de comprendre que le fondement de ce critère théorique est
l’interaction communicative qui se réalise entre le locuteur et l’auditeur ou
interlocuteur. Cela implique que le locuteur non seulement regarde son
interlocuteur, mais interprète également son identité perçue – âge, genre,
statut, affiliation groupale – et aussi le cadre situationnel – formalité,
hiérarchie, intimité. Par conséquent, essentiellement, il s’agit de la manière
dont les locuteurs ajustent leur façon de communiquer ; c’est-à-dire
l’adaptation de leur propre parole en fonction de la personne à qui ils
parlent, du contexte et de la situation sociale dans laquelle ils se trouvent
tous deux. En l’occurrence, le milieu rural. Cette interaction sera nuancée et
impulsée par des processus cognitifs complexes.
Conclusions
L’éducateur de l’école rurale doit planifier et proposer des stratégies
significatives et attrayantes qui impactent les apprenants et explorent leurs
intérêts, selon l’environnement rural dans lequel ils vivent. Nécessairement,
il doit se guider par les orientations qui apparaissent dans les référentiels
de qualité développés par le MEN. De cette manière, l’éducateur du milieu rural
pourra s’approprier chacun des aspects liés à l’enseignement de la lecture et
de l’écriture.
La formation des enseignants est importante et il faut établir des
pertinences qui relient leur formation à la discipline, à la théorie et à leur
travail pédagogique. Ainsi, il développera des interventions didactiques de
manière à pouvoir résoudre dans la classe les désaccords qui surviennent
concernant la manière dont est réalisé un enseignement de la lecture et de
l’écriture désarticulé, décontextualisé et fragmenté. De cette façon, cette
action met l’accent sur les aspects particuliers de la lecture et de
l’écriture.
Les enseignants ruraux ne sont pas des agents passifs dans la mise en
œuvre des politiques éducatives, mais ils deviennent des guides du discours que
doivent développer leurs élèves. Par conséquent, il faut reconnaître que le
discours de l’enseignant est un acte de justice épistémique et politique. En ce
sens, il est urgent d’avoir un regard différencié, dialogique et situé dans la
construction des politiques publiques éducatives, spécialement dans les
contextes ruraux historiquement marginalisés.
Les politiques tendent à se concentrer sur des standards universels qui,
bien que nécessaires, courent le risque d’homogénéiser des processus qui
requièrent précisément le contraire : diversité, flexibilité et sens. Le cas de
l’enseignement de la lecture et de l’écriture en zones rurales le démontre
clairement : l’apprentissage prend davantage de sens lorsqu’il part de
l’expérience de l’enfant, de son langage oral, de son contexte, de ses
questions. Promouvoir des stratégies qui donnent de la valeur aux pré-savoirs
et qui suscitent l’écriture comme forme de communication.
Les enseignants ruraux ont besoin de réinterpréter les référentiels de
qualité dans leur pratique éducative. C’est pourquoi le MEN doit promouvoir
avec les éducateurs des espaces pédagogiques pratiques pour la reconstruction
des référentiels de qualité régionaux qui incluent le contexte culturel de
l’élève et les rythmes propres de l’apprentissage. Cet exercice devient une
expérience qui construit des politiques éducatives contextualisées à la
réalité.
L’accommodation de la parole n’est donc pas simplement « changer la
façon de parler ». C’est un processus dynamique et complexe qui implique
comment nous percevons notre environnement social, comment notre cerveau traite
cette information et comment, en conséquence, nous modifions stratégiquement
notre communication pour atteindre certains objectifs interpersonnels, que ce
soit pour construire des ponts, marquer des différences ou maintenir le statu
quo. C’est une preuve de l’incroyable flexibilité et adaptabilité du langage
humain dans son interaction avec la société.
Enfin, il faut affirmer que le discours de l’enseignant est bien plus
que la simple transmission de contenus. Il se configure plutôt comme un acte
communicatif complexe, profondément humain – on ne peut perdre la dimension
humaniste – qui incarne une pluralité de dimensions : cognitives, affectives,
éthiques et symboliques. En ce sens, le discours du maître – et plus encore
celui de l’enseignant rural – est un acte dans lequel convergent non seulement
des savoirs pédagogiques, mais aussi des intentions formatrices, des liens
émotionnels et des horizons de sens qui s’entrelacent dans chaque interaction
avec ses élèves, ce qui lui confère un sens et une signification
compréhensible. Il s’agit plutôt d’un acte communicatif ourdi d’intentions,
d’affects et de significations qui construit un espace de rencontre humaine.
Confidentialité : Non applicable.
Financement : Ce travail n’a reçu aucun type de financement.
Conflit d’intérêts : Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
Déclaration sur l’utilisation de
l’intelligence artificielle : Les auteurs du présent
article déclarent qu’ils n’ont pas employé d’intelligence artificielle dans son
élaboration.
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Date
de réception de l'article : 20
mars 2026
Date
d'acceptation de l'article :
9 avril 2026
Date
d'approbation pour la mise en page : 13 avril 2026
Date
de publication : 30
juin 2026
[1] Cet article est un deuxième avancement de la
recherche : « Stratégies didactiques de la lecture et de l’écriture : une étude
interprétative des pratiques d’enseignement des maîtres de scolarité en
primaire dans les institutions scolaires du secteur rural de la municipalité de
Rionegro (Santander-Colombie) », développée au cours de l’année 2023.. (traduction de la revue).
[*] Adrián Filiberto
Contreras-Colmenares est Professeur Émérite de l'Universidad de Los
Andes-Táchira. Catégorie Titulaire. Retraité. Spécialiste en Gestion Publique,
mention Décentralisation des Services Éducatifs. Spécialiste en Planification
pour le Développement Rural. Spécialiste en Droit Administratif. Master en
Éducation, mention Administration Éducative. Docteur en Éducation, Avocat.
Chercheur PEI. ULA. Programme de Promotion du Chercheur (PPI) n° 6263.
Professeur invité aux Programmes de Master et de Doctorat de plusieurs
Universités. Ex-coordinateur du Conseil Juridique de la Direction de la Culture
de l'État de Táchira. Courriel : adriancontreras@ula.ve
[†] Alba Lucía Barajas
Lizarazo est Licenciée en Éducation de la petite enfance avec emphase sur
l'Art et la Ludique. Spécialiste en Enseignement des Mathématiques. Master en
Éducation de l'Universidad Industrial de Santander. Docteure en Éducation de
l'Universidad Nacional del Rosario (Argentine). Actuellement enseignante à
l'école primaire à l'Institución Aguada de Ceferino, municipalité de Girón
(Santander). Courriel : albalucia0369@yahoo.es